home

Consulting et architecture interactive

Analyses

Ergonomie et développement durable

Au fil de son histoire et de son évolution, l’ergonomie est amenée à côtoyer des disciplines ou des thématiques également transverses. Ainsi a-t-elle pu rencontrer la route du “Développement durable” et amener les professionnels à s’interroger sur les relations entre ces deux perspectives. La préparation du World Usability Day 2009 à Sophia Antipolis par l’association Use Age a été l’occasion de poser quelques réflexions autour de ce sujet.-ce que le développement durable ?

Qu’est-ce que le développement durable ?

Le terme de “Développement Durable” apparait en 1980 dans un rapport sur la “Stratégie mondiale de la conservation” publié par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), devenue depuis l’Union mondiale pour la nature, le WWF et le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE). En 1987, il est officiellement défini dans le rapport Bruntland de la façon suivante : “le développement durable est un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs”.

En découle en particulier l’idée que le développement durable implique un environnement viable, vivable et équitable.

Qu’est-ce que le Design Durable* ?

L’organisation du World Usability Day centre le thème du Design Durable sur la façon dont les produits et services impactent notre monde. Ces produits et services peuvent être des bâtiments, des routes, des produits de consommation, des technologies professionnelles, de services ou de santé. La conception d’un produit centré sur l’humain (qui est au cœur de la démarche ergonomique) soutient deux des piliers de la “durabilité” :

  • économique : la capacité de répondre aux besoins et capacités des utilisateurs améliore l’utilisation, la qualité et l’efficacité, fournissant ainsi des solutions économiquement efficaces et réduisant le risque de rejet des systèmes et produits par leurs utilisateurs ;
  • social : une approche centrée sur l’humain débouche sur des systèmes, produits et services qui sont meilleurs pour la santé et le bien-être de leurs utilisateurs, y compris ceux qui présentent des handicaps

La conception centrée-utilisateurs encourage explicitement tous ceux qui sont impliqués dans la conception à prendre en compte les implications à long terme de leurs systèmes pour leurs utilisateurs et ainsi pour l’environnement ( ISO DIS 9241-210)

*Adapté librement de la définition proposée sur le site du WUD.

Différents angles d’approche

Cette définition reste très vaste, comme l’est le concept de Développement Durable. Des multiples réflexions que l’on peut trouver sur le sujet, il semble possible d’identifier 3 axes principaux.

1- Ergonomie et écologie

Au niveau le plus “concret”, le développement durable s’applique en premier lieu aux produits et systèmes matériels. A priori on peut penser que plus un matériel tel qu’un téléphone ou appareil ménager est ergonomique (“utilisable”), plus il est susceptible d’être conservé longtemps et de réduire le taux de renouvellement. Mais c’est sans compter avec le marketing dont l’objectif est précisément de faire évoluer en permanence les offres et de réduire ainsi la durée d’usage des matériels. Dans cet ordre d’idée, “l’obsolescence programmée” est monnaie courante dans notre quotidien. Quel est alors le poids de l’ergonomie face aux stratégies commerciales ?

De façon plus indirecte, l’ergonomie appliquée aux activités à fort impact écologique peut permettre de réduire les nuisances environnementales, en permettant de développer des systèmes techniques efficients qui réduisent l’impact de l’activité humaine sur l’environnement : par exemple en réduisant la consommation de papier par la dématérialisation des billets aériens, voire en réduisant la consommation énergétique par des systèmes permettant une meilleure gestion des vols. Voir à ce sujet la présentation très complète de Brian Sullivan.

On peut étendre cet axe à la réduction des transports grâce aux systèmes techniques permettant le travail à distance, mais également les achats, etc.

2- Ergonomie et systèmes

Un autre angle d’approche est l’intervention de l’ergonomie dans la conception d’environnements au sein desquels l’activité humaine est plus efficace, efficiente, et satisfaisante (les 3 piliers de l’utilisabilité). L’ergonomie peut contribuer à développer des outils technologiques (systèmes interconnectés de distribution et de partage d’informations) qui faciliterait la vie des usagers. Voir par exemple, le concept de “Smarter City” d’IBM . On peut également associer à cette approche tous les “systèmes d’information et de communication” mis en place dans les entreprises (parmi lesquels les Intranets par exemple, qui se veulent souvent de véritables environnements, voire “lieux” virtuels au sein de l’entreprise).

L’ergonomie peut dans cette optique contribuer à développer des systèmes “utilisables”, mais la question reste de savoir dans quelle mesure ces environnements, ces systèmes, sous-tendus par une vision “positiviste” du monde, contribuent réellement au développement durable, en particulier au sens social du terme.

3- Ergonomie et humain

Finalement, venons-en à ce fameux “facteur humain” lui-même et faisons-nous (un peu) “l’avocat du diable”.

Automatisation, dématérialisation, travail à distance… Certes, les technologies permettent de faciliter la vie de chacun : ne pas avoir à prendre sa voiture pour faire ses courses, travailler chez soi, préparer ses vacances sans quitter son fauteuil, suivre un cursus universitaire complet sans avoir à se déplacer… Avec, souvent, des impacts environnementaux positifs. Et plus les systèmes sont “ergonomiques”, plus ces activités humaines seront efficaces, économiques, écologiques…

Mais si l’on part du principe que “Développement Durable” implique aussi satisfaction et pérennité de l’individu dans son environnement (qu’il soit usager, consommateur, citoyen, employé…) et viabilité sociale, chacun des formidables avantages de ces technologies peut présenter une lourde contre-partie du point de vue du Développement Durable.

Ainsi, par exemple :

  • Concevoir des systèmes hautement performants (et ergonomiques) pour automatiser des tâches répétitives et mécaniques devrait permettre aux humains de se consacrer à des tâches plus nobles. En contrepartie ces systèmes peuvent déshumaniser les échanges, produisant une sorte de “sécheresse sociale” (voir par exemple les automates sur les péages d’autoroute ou encore les centres d’appels automatisés).
  • Concevoir un Intranet ergonomique permet aux employés de travailler à distance, d’éviter des trajets pénibles et coûteux – écologiquement et économiquement – et leur offre la liberté de s’organiser dans le temps et l’espace. En contrepartie, ce mode de travail s’accompagne d’une pression intangible de l’entreprise et de l’accroissement des possibilités de contrôle de l’individu par l’organisation, à travers les outils informatiques. En outre, les relations sociales sont modifiées et si l’on n’y prend garde, risquent de conduire à l’isolement.
  • Permettre à un étudiant étranger ou en activité d’apprendre à distance grâce à des plateformes de e-learning ergonomiques représente une évolution sociétale majeure et une contribution importante au développement durable. En contre-partie, si les interactions “hors plateforme” inter-individuelles, ne sont pas pensées et prévues, on arrive rapidement à des abandons.

La question qui se pose ici n’est pas celle de l’apport de l’ergonomie, ni la remise en question du développement technologique. Il nous semble au contraire que l’ergonomie prise dans son sens large se doit, plus que jamais, de penser les rapports entre l’individu et les systèmes dans une optique de développement durable. Elle doit s’attacher non seulement à l’interaction entre les utilisateurs et les produits (à travers leurs interfaces) mais à l’ensemble des dispositifs d’interaction entre les individus – systèmes – individus.

 

Haut de page