Archive pour novembre 2009

Schémas de classification : thésaurus, taxonomie, ontologie…

29 novembre 2009

Au cœur de l’architecture de l’information et du Knowledge Management, les techniques de classification sont particulièrement d’actualité alors que les volumes d’information en ligne augmentent et que ce que nous cherchons est de plus en plus noyé parmi ce que nous ne cherchons pas. La plupart de ces techniques nous viennent de l’ingénierie documentaire. Avec le Web sémantique, l’ingénierie informatique nous apporte d’autres approches telles que les ontologies et les topic maps, souvent associées à des formalismes et outils définis.

Tour d’horizon des schémas de classification… (non exhaustif)

La méta-donnée, brique de base de la classification

Les méta-données sont des données décrivant les données elles-mêmes (informations, documents, images…). Elles servent donc à décrire et expliquer l’information, mais également à la trouver, l’utiliser et la gérer. La façon d’organiser les méta-données est en particulier spécifiée par le Dublin Core, qui définit 15 types de propriétés à utiliser pour décrire des ressources informationnelles (par exemple, « titre », « créateur »…). Le Dublin Core a été ratifié notamment par la norme ISO 15836.

Les éléments du Dublin Core
Titre Le nom donné à la ressource
Créateur L’entité principalement responsable de la création du contenu de la ressource
Sujet Le sujet du contenu de la ressource (l’utilisation de vocabulaires contrôlés et de schémas formels de classification est encouragée)
Description Une description du contenu de la ressource (ex. résumé, table des matières, texte libre…)
Éditeur L’entité responsable de la diffusion de la ressource, dans sa forme actuelle, tels un département universitaire, une entreprise
Contributeur Une entité qui a contribué à la création du contenu de la ressource
Date Une date associée avec un événement dans le cycle de vie de la ressource (format : voir ISO 8601)
Type La nature ou le genre du contenu de la ressource (ex. catégories, fonctions ou genre généraux… il est recommandé d’utiliser un vocabulaire contrôlé, voir la liste de Types du Dublin Core)
Format La matérialisation physique ou digitale de la ressource (il est recommandé de choisir la valeur du format dans une liste de vocabulaire contrôlé – voir par exemple la liste MIME)
Identifiant Une référence non ambiguë à la ressource dans un contexte donné (exemples : URI, URL, DOI, ISBN)
Source Une référence à une ressource à partir de laquelle la ressource actuelle a été dérivée
Langue La langue du contenu intellectuel de la ressource
Relation Une référence à une autre ressource qui a un rapport avec cette ressource
Couverture La portée ou la couverture spatio-temporelle de la ressource (inclut typiquement une position géographique, ou une période de temps, ou une juridiction)
Droits Information sur les droits sur et au sujet de la ressource (droits de propriété intellectuelle – IPR, Copyright, divers droits de propriété…)

D’après la traduction de Anne-Marie Vercoustre, INRIA, disponible à partir de ce lien.

Méta-données « administratives » vs « substantielles »

Largement répandu, le Dublin Core est précis pour la description des méta-données « administratives » (ou bibliographiques), par exemple le titre, l’auteur, l’éditeur…. Il est cependant très limité lorsqu’il s’agit de décrire de façon cohérente et exploitable le contenu-même du document, autrement dit sa « substance » (de quoi le document parle-t-il ?) qui correspond essentiellement à l’élément « Sujet » du DC.

Sa limite principale est le fait que les auteurs de l’indexation ont la possibilité de définir leurs propres mots-clé, ce qui conduit le plus souvent à une indexation incohérente en fonction de la subjectivité des auteurs. En « bout de chaine », l’utilisateur risque ainsi de ne pas trouver tous les documents pertinents à partir d’un mot-clé défini, simplement parce que tous les auteurs n’auront pas rentré ce mot-là précisément.

La description de cette « substance » est donc la partie délicate du travail d’indexation, à laquelle peuvent contribuer les différents types de « schémas de classification ». Tous ces schémas permettent de définir des méta-données sur les sujets des ressources.

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Vue d’ensemble des schémas de classification

Pour les lecteurs les plus pressés, nous présentons ici les principaux schémas de classification. Pour les plus patients, nous vous invitons à lire le détail de chaque système dans la suite de l’article !

Système de classification Définition Particularité
Vocabulaire contrôlé Liste définie de termes Permet de contrôler les termes associés aux sujets
Taxonomie Liste de termes contrôlés organisés de façon hiérarchique Facilite la recherche de termes à partir de relations hiérarchiques
Thésaurus Réseau de termes contrôlés, enrichi par des relations associatives pré-définies Facilite la recherche de termes en fonction de différents types de relations (pas seulement hiérarchiques)
Classification à facettes Système reposant sur un vocabulaire contrôlé, permettant de décrire une ressource selon plusieurs angles (facettes) Permet la recherche selon des angles différents (facettes)
Ontologie Modèle de description des connaissances basé sur des concepts avec types, propriétés et relations Représentation des connaissances : permet d’identifier les relations sémantiques entre concepts et la nature de ces relations
Topic Map Modèle de description de concepts – « topics » reliés par des associations libres Permet d’associer plusieurs termes à un concept (synonymie) et plusieurs concepts à un terme (homonymie) et de définir un contexte d’application pour chaque « topic »
Folksonomie Ensemble de tags (mots-clé) librement attribués par des utilisateurs dans le contexte d’un « réseau social » Permet à chaque « lecteur » de « tagger » les contenus et de partager ses tags, sans contrainte de vocabulaire

Vocabulaires contrôlés

Les vocabulaires contrôlés sont de simples listes définies de termes (ou mots-clé) qui décrivent des sujets. La notion de terme est différente de celle de concept : un terme est une représentation de concept (sous forme de mot ou groupes de mots), un concept pouvant être représenté par plusieurs termes (c’est le cas des synonymes). En contrôlant un vocabulaire, on limite la disparité d’indexation entre différents auteurs / éditeurs de ressources, les orthographes multiples ou erronées, ainsi que les problèmes de synonymie.

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Taxonomies (ou taxinomies)

Une taxonomie (ou taxinomie) est une sorte de vocabulaire contrôlé, introduisant une notion de hiérarchie, ce qui permet d’élargir ou de resserrer une recherche à partir d’un terme. Les taxonomies s’attachent essentiellement à organiser les méta-données portant sur les concepts. Elles permettent de faciliter la recherche d’un terme en fonction de ses relations hiérarchiques avec d’autres termes.

L’origine des taxonomies remonte au XVIIème siècle, avec Carl von Linné qui a développé un système de classification hiérarchique pour décrire les organismes vivants. Voir l’article de Wikipedia.

« Anciens » et « Modernes » : 2 exemples de taxonomies
la classification naturelle d'Antoine-Laurent de Jussieu Exemple taxonomie du site Dia-Logos
La classification naturelle d’Antoine-Laurent de Jussieu La taxonomie du site Dia-Logos

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Les thésaurus (thesauri)

Contrairement aux taxonomies, les thésaurus (ou thesauri) ne sont pas (seulement) hiérarchiques, mais constituent cependant un élargissement des taxonomies en intégrant, au-delà des relations hiérarchiques, d’autres propriétés pour décrire les sujets (illutrées ici par l’exemple « soprano« )

BT – « Broader Term » : terme plus large – réfère à un terme se situant à un niveau supérieur de la hiérarchie, qui a une signification plus large. A l’opposé, il existe la relation « NT » – narrower term, qui désigne un terme plus spécifique (donc inférieur dans la hiérarchie) – exemple : chanteur

SN – « Scope Note » : texte de description du terme – exemple : soprano collorature

USE : définit un terme à utiliser de préférence à ce terme (dans le cas de synonymes)

TT – « Top Term » : identifie le terme « ancêtre » le plus haut dans la hiérarchie (soit le plus haut en utilisant la relation « BT »)

RT – « Related Term » : réfère à un terme relié par une autre relation que « BT/NT » ou synonyme (USE). – exemple : mezzo-soprano

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La classification à facettes

La classification à facettes définit une façon de décrire une ressource selon plusieurs axes (les facettes), chaque facette contenant des termes qui peuvent être décrits dans un thésaurus, un terme appartenant à une seule facette.

Cette multi-classification est utilisée dans la « recherche à facettes » ou « navigation par facettes ». Par exemple, une navigation par facettes pour les informations d’un département Marketing peut se traduire par la possibilité de consulter les documents selon les marchés, selon les produits, selon les spécialités, etc.

L’origine de la classification à facettes remonte aux années 1930s, avec les travaux du bibliothécaire S.R. Ranganathan qui a défini un ensemble de 5 facettes – « Colon classification » –  pour décrire les documents : la personnalité, la matière, l’énergie, l’espace, le temps (voir l’article de Mike Steckel sur le site de Boxes and Arrows.

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Les ontologies

Le terme « ontologie » nous vient de la philosophie : l’ontologie (du grec ontos – participe passé du verbe être) est l’étude de l’être en tant qu’être, c’est-à-dire l’étude des propriétés générales de ce qui existe. Voir l’article de Wikipedia.

Dans le contexte plus récent de l’intelligence artificielle, une ontologie peut être définie comme un modèle de description du monde qui se compose de types, propriétés, et relations, dans l’optique de représenter le monde réel du domaine auquel s’applique l’ontologie.

Les ontologies représentent un degré de sophistication supérieur aux techniques précédemment présentées, dans la mesure où contrairement aux taxonomies et thésaurus qui offrent un nombre limité de relations. En effet, dans une ontologie, l’auteur peut définir des relations, autrement dit il peut intervenir sur la syntaxe du langage d’indexation. Une ontologie correspond à un langage formel c’est-à-dire une grammaire qui définit la façon dont les termes peuvent être utilisés entre eux.

Ainsi, dans l’exemple ci-dessous, l’auteur a décrit des relations telles que « employé par », « nomme », « situé à… », etc. qui permettront lors de la recherche d’identifier la nature précise du lien entre les concepts.

exemple d'ontologieD’après le site « Ontologies and Knowledge Base »

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Les Topic Maps

Les topic maps sont des ensembles de « topics » ou concepts qui sont reliés par des associations. Un Topic est constitué d’un sujet, de ses noms, de ses rôles dans les associations et de ses ressources (les occurrences). Une des forces de cette approche est le fait que plusieurs topics peuvent avoir le même nom (homonymes), ce qui n’est pas possible avec les thésaurus et les taxonomies. Ainsi, le nom « Paris » peut être utilisé à la fois pour désigner la ville et le héros de la mythologie grecque. Ce sont les types, occurrences et associations qui vont permettre de les distinguer. De plus, un nom peut correspondre à une étendue (’scope’) qui définit le contexte dans lequel ce nom est approprié. Une application particulièrement de ce principe est le multi-linguisme. Par exemple, le nom « topic map » a pour scope « anglais » alors que le nom « carte topique » a pour scope « français ».

Voir l’article très complet à ce sujet « TAO of Topic Maps« .

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Les folksonomies

Contrairement aux ontologies qui permettent de faciliter le partage et la manipulation de connaissances, les folksonomies proviennent directement du partage d’information. Schématiquement, les folksonomies sont des agglomérats de tags (mots-clé) librement attribués à tout objet ou information d’une page web par un plus ou moins grand nombre d’utilisateurs  au sein d’une communauté ( »social tagging »). Parmi les exemples les plus connus de folksonomies, on peut citer le site de partage de signets Del.icio.us et le site de partage de photos Flickr, « tagués » par des millions d’utilisateurs à travers le monde.

Le terme de folksonomies a été créé par Thomas Vander Wal.

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Toutes ces approches montrent le foisonnement des efforts de formalisation dans l’univers du Web sémantique. Il n’est cependant pas toujours facile de s’y retrouver dans les différents schémas de classification, qui présentent différents avantages et inconvénients et parfois se superposent. Quoi qu’il en soit, un sujet à suivre de près, et que nous enrichirons au fil du temps sur ce site…

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Ergonomie et développement durable

10 novembre 2009

Le 12 Novembre prochain, la Journée Mondiale de l’Utilisabilité (World Usability Day) s’apprête à traiter, à travers le monde, du thème du Développement Durable sous l’angle de l’ergonomie (Designing for a Sustainable World). En quoi l’ergonomie peut-elle contribuer au Développement Durable ? Quelques pistes de réflexion…

Qu’est-ce que le Développement Durable ?

Le terme de « Développement Durable » apparait en 1980 dans un rapport sur la « Stratégie mondiale de la conservation » publié par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), devenue depuis l’Union mondiale pour la nature, le WWF et le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE). En 1987, il est officiellement défini dans le rapport Bruntland de la façon suivante : « le développement durable est un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs ».

En découle en particulier l’idée que le développement durable implique un environnement viable, vivable et équitable.

Qu’est-ce que le Design Durable* ?

L’organisation du World Usability Day centre le thème du Design Durable sur la façon dont les produits et services impactent notre monde. Ces produits et services peuvent être des bâtiments, des routes, des produits de consommation, des technologies professionnelles, de services ou de santé. La conception d’un produit centré sur l’humain (qui est au cœur de la démarche ergonomique) soutient deux des piliers de la « durabilité » :

  • économique : la capacité de répondre aux besoins et capacités des utilisateurs améliore l’utilisation, la qualité et l’efficacité, fournissant ainsi des solutions économiquement efficaces et réduisant le risque de rejet des systèmes et produits par leurs utilisateurs ;
  • social : une approche centrée sur l’humain débouche sur des systèmes, produits et services qui sont meilleurs pour la santé et le bien-être de leurs utilisateurs, y compris ceux qui présentent des handicaps

La conception centrée-utilisateurs encourage explicitement tous ceux qui sont impliqués dans la conception à prendre en compte les implications à long terme de leurs systèmes pour leurs utilisateurs et ainsi pour l’environnement ( ISO DIS 9241-210)

*Adapté librement de la définition proposée sur le site du WUD.

Différents angles d’approche

Cette définition reste très vaste, comme l’est le concept de Développement Durable. Des multiples réflexions que l’on peut trouver sur le sujet, il semble possible d’identifier 3 axes principaux.

1- Ergonomie et écologie

Au niveau le plus « concret », le développement durable s’applique en premier lieu aux produits et systèmes matériels. A priori on peut penser que plus un matériel tel qu’un téléphone ou appareil ménager est ergonomique ( »utilisable »), plus il est susceptible d’être conservé longtemps et de réduire le taux de renouvellement. Mais c’est sans compter avec le marketing dont l’objectif est précisément de faire évoluer en permanence les offres et de réduire ainsi la durée d’usage des matériels. Dans cet ordre d’idée, « l’obsolescence programmée » est monnaie courante dans notre quotidien. Quel est alors le poids de l’ergonomie face aux stratégies commerciales ?

De façon plus indirecte, l’ergonomie appliquée aux activités à fort impact écologique peut permettre de réduire les nuisances environnementales, en permettant de développer des systèmes techniques efficients qui réduisent l’impact de l’activité humaine sur l’environnement : par exemple en réduisant la consommation de papier par la dématérialisation des billets aériens, voire en réduisant la consommation énergétique par des systèmes permettant une meilleure gestion des vols. Voir à ce sujet la présentation très complète de Brian Sullivan.

On peut étendre cet axe à la réduction des transports grâce aux systèmes techniques permettant le travail à distance, mais également les achats, etc.

2- Ergonomie et systèmes

Un autre angle d’approche est l’intervention de l’ergonomie dans la conception d’environnements au sein desquels l’activité humaine est plus efficace, efficiente, et satisfaisante (les 3 piliers de l’utilisabilité). L’ergonomie peut contribuer à développer des outils technologiques (systèmes interconnectés de distribution et de partage d’informations) qui faciliterait la vie des usagers. Voir par exemple, le concept de « Smarter City » d’IBM . On peut également associer à cette approche tous les « systèmes d’information et de communication » mis en place dans les entreprises (parmi lesquels les Intranets par exemple, qui se veulent souvent de véritables environnements, voire « lieux » virtuels au sein de l’entreprise).

L’ergonomie peut dans cette optique contribuer à développer des systèmes « utilisables », mais la question reste de savoir dans quelle mesure ces environnements, ces systèmes, sous-tendus par une vision « positiviste » du monde, contribuent réellement au développement durable, en particulier au sens social du terme.

3- Ergonomie et humain

Finalement, venons-en à ce fameux « facteur humain » lui-même et faisons-nous (un peu) « l’avocat du diable ».

Automatisation, dématérialisation, travail à distance… Certes, les technologies permettent de faciliter la vie de chacun : ne pas avoir à prendre sa voiture pour faire ses courses, travailler chez soi, préparer ses vacances sans quitter son fauteuil, suivre un cursus universitaire complet sans avoir à se déplacer… Avec, souvent, des impacts environnementaux positifs. Et plus les systèmes sont « ergonomiques », plus ces activités humaines seront efficaces, économiques, écologiques…

Mais si l’on part du principe que « Développement Durable » implique aussi satisfaction et pérennité de l’individu dans son environnement (qu’il soit usager, consommateur, citoyen, employé…) et viabilité sociale, chacun des formidables avantages de ces technologies peut présenter une lourde contre-partie du point de vue du Développement Durable.

Ainsi, par exemple :

  • Concevoir des systèmes hautement performants (et ergonomiques) pour automatiser des tâches répétitives et mécaniques devrait permettre aux humains de se consacrer à des tâches plus nobles. En contrepartie ces systèmes peuvent déshumaniser les échanges, produisant une sorte de « sécheresse sociale » (voir par exemple les automates sur les péages d’autoroute ou encore les centres d’appels automatisés).
  • Concevoir un Intranet ergonomique permet aux employés de travailler à distance, d’éviter des trajets pénibles et coûteux – écologiquement et économiquement – et leur offre la liberté de s’organiser dans le temps et l’espace. En contrepartie, ce mode de travail s’accompagne d’une pression intangible de l’entreprise et de l’accroissement des possibilités de contrôle de l’individu par l’organisation, à travers les outils informatiques. En outre, les relations sociales sont modifiées et si l’on n’y prend garde, risquent de conduire à l’isolement.
  • Permettre à un étudiant étranger ou en activité d’apprendre à distance grâce à des plateformes de e-learning ergonomiques représente une évolution sociétale majeure et une contribution importante au développement durable. En contre-partie, si les interactions « hors plateforme » inter-individuelles, ne sont pas pensées et prévues, on arrive rapidement à des abandons.

La question qui se pose ici n’est pas celle de l’apport de l’ergonomie, ni la remise en question du développement technologique. Il nous semble au contraire que l’ergonomie prise dans son sens large se doit, plus que jamais, de penser les rapports entre l’individu et les systèmes dans une optique de développement durable. Elle doit s’attacher non seulement à l’interaction entre les utilisateurs et les produits (à travers leurs interfaces) mais à l’ensemble des dispositifs d’interaction entre les individus – systèmes – individus.

Le World Usability Day sera à Sophia Antipolis le 12 Novembre à partir de 8h45. Voir la page de l’événement.

Cet événement est organisé par la société LudoTIC.

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Le tri de cartes

1 novembre 2009

Utilisé en architecture de l’information pour définir l’organisation et les libellés d’un site avec des groupes d’utilisateurs, le tri de cartes est une technique performante et relativement simple à mettre en œuvre.

Définition

Le tri de cartes permet de découvrir la façon dont des utilisateurs regroupent des concepts, en leur demandant de trier et de grouper des cartes sur lesquelles sont inscrites des informations décrivant des contenus. Cette technique est fréquemment utilisée dans la conception d’arborescence de sites Internet ou Intranet.

Objectif

Recueillir des informations concernant les représentations mentales que les utilisateurs ont d’un système ou de certaines de ces caractéristiques, afin de définir ou de valider l’arborescence générale d’un site en terme d’homogénéité et de cohérence.

Le tri de cartes permet de définir :

  • le regroupement des informations selon la logique utilisateur (qui peut différer de celle du concepteur),
  • la dénomination des rubriques ou regroupements d’information selon la terminologie utilisateurs.

Phases du projet

Conception : récupérer les informations concernant les représentations mentales pour que le système les intègre dès le début de sa conception.

Développement : lorsque des questions se posent sur les intitulés de certains liens, l’organisation de certaines rubriques / fonctionnalités, etc. (des tests comparatifs entre plusieurs alternatives sont alors possibles)

Évaluation : aide complémentaire à une évaluation telle que les tests utilisateurs, dans le processus d’identification des problèmes d’ergonomie (en vue d’une modification du système).

Problématique/Situation/ contexte

Le tri de cartes peut être utilisé chaque fois qu’il s’agit de concevoir ou d’améliorer une structure et/ou une terminologie. Il est très utile notamment dans la conception d’Intranets et de sites web présentant un contenu riche.

Principe/description

L’évaluateur rédige chaque item de contenu (titre, description…) sur une petite fiche et demande à un groupe d’utilisateurs (5 en moyenne) de trier ces cartes par paquets, et d’attribuer une définition et/ou un nom à chaque paquet. Lorsque l’activité est menée avec plusieurs groupes, les différents résultats sont combinés et si nécessaire, analysés statistiquement.

Contraintes et conditions préalables

Cette technique est intéressante en complément d’autres activités comme l’analyse des besoins en information ou l’analyse de la tâche. Il est impératif d’avoir effectué une analyse du contenu existant (pour un site existant) ou la liste détaillée du contenu (pour un nouveau site) avant de conduire le tri de Carte. Comme dans toute technique ergonomique, il est essentiel que les profils des utilisateurs choisis pour l’activité soient représentatifs de la population cible.

Avantages, inconvénients

Cette technique présente l’avantage d’être relativement rapide et bien adaptée au processus de conception en permettant de trouver rapidement une bonne structure pour le site. Elle s’avère également souple en autorisant aisément des révisions de la structure du site (mémorisation des difficultés rencontrées). Enfin elle permet d’impliquer des utilisateurs en phase de conception, ce qui est particulièrement pertinent en particulier pour les Intranets.

En revanche, le tri de cartes est une technique de conception, mais n’est pas, en soi, une technique d’évaluation. Ainsi, elle peut aider pour le re-design d’un site ou pour approfondir l’analyse d’un problème particulier déjà détecté, mais elle ne permet pas de découvrir ce qui pose problème avec le site actuel.

Protocole

Préparation : l’évaluateur liste l’ensemble des intitulés qu’il souhaite organiser, et crée une carte par sujet.

Consigne : l’évaluateur explique aux participants l’objectif de l’activité, en leur donnant généralement la possibilité de renommer, ou de créer de nouveaux items s’ils le souhaitent. Ils devront également attribuer à chaque groupe de cartes un nom clair, voire une définition.

Réalisation du tri :

En passation collective : le but est d’aboutir à une solution qui soit le meilleur compromis entre les visions des choses des différents participants. L’évaluateur n’intervient pas dans leur travail, il se contente d’animer le groupe et d’enregistrer les résultats. Il favorise la méthode de la « pensée à voix haute », en demandant notamment aux participants de justifier leurs choix et en notant les divergences et convergences (ces informations seront importantes lorsqu’il faudra revenir sur des choix lors de la conception proprement dite du site).

En passation individuelle : Le but est d’obtenir la catégorisation des contenus la plus naturelle possible pour chaque utilisateur (sans nécessité d’arriver à un compromis). Le principe est identique à la passation collective.

Analyse des résultats :

L’évaluateur a à sa disposition les groupements, mais également les données de verbalisation qui lui seront très utiles dans la suite de la conception (le tri de cartes permettant rarement de déboucher sur une structure complète et définitive). Si la séance a été filmée, il peut également visionner certains passages, en particulier sur les hésitations et changements d’avis du groupe qui constituent autant de données très utiles. Lorsque l’activité a eu lieu avec plusieurs groupes, il peut être utile d’avoir recours à des logiciels de traitement statistiques.

A noter qu’il est également possible de pratiquer du tri de cartes à distance, grâce à des logiciels dédiés.

Au-delà de la création d’une arborescence, le tri de cartes permettra à l’évaluateur, selon les cas :

  • D’obtenir des données sur la façon de créer des sous-catégories à partir des catégories traitées
  • De définir des modes d’accès alternatifs, en particulier lorsque des stratégies de regroupement différentes émergent clairement
  • De concevoir des contenus nouveaux ou complémentaires

Le tri de cartes présente de nombreux atouts : c’est une technique « ludique » permettant d’impliquer des utilisateurs assez tôt dans la conception, sans nécessiter de grands moyens matériels. L’efficacité de cette technique dépend cependant de l’expertise de l’évaluateur : celui-ci doit rester absolument neutre et doit pouvoir exploiter finement les résultats. Nous avons pour notre part largement utilisé cette technique, en particulier pour les projets Intranet.

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